1er Avril 2001
De toute façon, on ne va pas loin : on attend toujours les papiers du side, qui devraient arriver... bientôt ! De squat chez des amis en campements sur une piste forestière, avec les jours fériés et divers retards, on a beau aller voir notre boite postale 3 fois par jour, toujours rien. Au final, on passe plus de 3 semaines à zoner aux environs de Brackendale, alors que nous étions prêts pour le grand (re)départ, les pieds dans les starting-blocks... On goûte même à une arrestation par la police, puisque nous roulions sans avoir encore les papiers. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on n'en mène pas large, surtout en sachant que normalement, c'est confiscation immédiate du véhicule, assortie bien sûr d'une amende conséquente ! Heureusement pour nous, ils ont visiblement des consignes spéciales vis à vis des touristes, et se contentent, après nous avoir cuisinés une demie heure, d'un : "on veut que vous gardiez un bon souvenir de la Colombie-Britannique. Faxez nous les papiers dès que vous avez." Ouf. On en a quand même gardé des sueurs froides toute la journée.


Et puis tout finit un jour par arriver. Une carte-grise ! Une plaque d'immatriculation ! On les a tellement attendus, qu'on n'arrive même plus à se rendre compte qu'enfin on est en règle! Pour fêter ça, on part sans attendre, direction "Skukumtchek", des sources chaudes au milieu des bois, vers Lillooet, dont le nom déjà roucoule dans nos têtes. En route vers Pemberton, à 30 km seulement de Whistler, mais que nous n'avons encore jamais vu. Vroum-vroum, l'air a déjà un parfum différent : à nous le Canada ! Bon, il y a bien ce petit bruit métallique dans le moteur depuis hier, mais laurent a vérifié le jeu aux soupapes, ça ne vient pas de là. Peut-être une soupape qui tape contre le piston ? On profitera d'être posés tranquillement là bas pour regarder... Sauf que les Skukumtchek, on n'en n'a jamais vu la couleur : à 15 km de Whistler, tout d'un coup, un bruit comme une pièce de 1 Franc jetée dans le moteur, puis 2 secondes après, un grand "Krrraaaaaaak" !!! On se range sur le coté. Et quelques coups de kick suffisent à se rendre compte que nous venons de serrer le moteur. Nous sommes consternés, anéantis ! Et maintenant la pluie qui s'en mêle. Marre de cette moto. On aurait mieux fait de partir en vélo !! Après être restés prostrés un quart d'heure au bord de la route, à déprimer, on se décide. Quelques coups de téléphone, et une dépanneuse nous amène chez Peter, un passionné de motos et side-cars qu'on avait eu la chance de rencontrer 15 jours auparavant.


Lui et sa famille nous accueillent tellement chaleureusement qu'ils nous mettent du baume au cour. Et après une bonne soupe chaude maison, Peter ne tient plus : "On va aller voir ce moteur !" En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le moteur est sur l'établi et démonté. Verdict : un des roulements de l'embiellage s'est désintégré, et des copeaux d'aluminium se sont infiltrés partout, endommageant tout le moteur. Ensuite, les choses s'enchaînent rapidement. On contacte la Russie et l'importateur, Ural USA. Réponse rapide par e-mail de ce dernier : "Ne vous inquiétez pas, on va vite vous remettre sur la route ! La Russie prends votre moteur en garantie. Mais s'ils vous l'envoient, ça prendra trop de temps. Nous allons vous faire un échange standard" Et dix jours plus tard, nous sommes au siège d'Ural America à Preston, dans la banlieue de Seattle, grâce à l'aide de Derek, un Uraliste de Vancouver. Bien sûr, il y a encore quelques rebondissements, le moteur prévu ne s'adapte pas sur notre boite de vitesses, il faut refaire à neuf notre ancien moteur... Mais quoi qu'il en soit, à la fin de la semaine, nous sommes effectivement de nouveau sur la route. Et on ne se fait pas prier pour mettre les gaz... Manger du bitume !!!!


Et c'est parti pour un petit tour de l'Etat de Washington... La porte du ferry qui nous a amenés de Seattle à Kingston, sur la péninsule Olympique, s'abaisse lentement. Et nous partons en premier, devant toutes les voitures, au milieu des autres motards qui font vrombir les moteurs de leurs Harleys. Le ciel est d'azur, les mouettes tournoient autour du port, partout les arbres sont en fleur... On roule au milieu de cyclistes et motards chargés de sacoches, qui profitent de ce weekend ensoleillé de Mai pour une ballade. Quant à nous, on a l'impression de partir en vacances !
Séparée de Seattle par un bras de mer, la péninsule Olympique est un espace naturel préservé par un Parc National. C'est un énorme massif montagneux, qui arrête toutes les précipitations venues de l'océan. Et si cela permet aux habitants de Seattle de ne sortir leurs parapluie que très rarement, ici, il tombe des trombes d'eau toute l'année. On en savoure que plus ce temps incroyable. Nous longeons l'océan en traversant des forêts pluviales peuplées de cèdres gigantesques. Le midi, les pauses pic-nic se font dans des criques désertes aux roches déchiquetées et aux plages de sable sombre encombré de souches enchevêtrées. Puis la rivière Columbia, frontière naturelle de l'Etat voisin d'Oregon nous ramène vers l'intérieur des terres. La route remonte, serpente le long d'un petit canyon, et l'on se retrouve sur un haut plateau aride et désertique, à la terre rougeâtre. Yakima, une des plus grosses réserves indiennes, nous plonge dans une toute autre atmosphère. Des roches nues, des touffes d'herbes folles. Dans toute cette sécheresse, les cours d'eau bordés de peupliers verdoyants détonnent. Sur 200 kilomètres, il n'y a rien d'autre que la Highway, une langue de bitume qui partage l'horizon. Nous nous faisons doubler par des gros camions américains qui déplacent de telles masses d'air que nous nous faisons déporter. Jusqu'à arriver sur une large vallée qui apparaît comme un mirage : des champs d'arbres fruitiers et de vignes à perte de vue !


Après un second passage à Preston, où les mécanos russes d'Ural nous ont fait une vérification totale de la moto, nous n'avons plus qu'une idée en tête : Plein Nord !! Ce petit tour aux Etats-Unis nous a fait réaliser combien le Canada est sauvage et moins peuplé que son voisin : Alors qu'en superficie, c'est le second plus grand pays au monde, sa population égale à peine celle de la Californie ! Nous remontons donc vers le Canada à travers les montagnes des "Cascades" et l'Okanagan, et expérimentons de nouveau des régions très contrastées : en l'espace de quelques heures, nous passons de la pluie d'une forêt humide à quelques flocons de neige en passant un col, pour retrouver tout d'un coup de l'autre coté la sécheresse et une chaleur surprenante.


En repassant à Squamish on se sent comme à la maison. Nous travaillons trois semaines sur un chantier de construction de maisons en rondins à écorcer des troncs, puis en route pour l'Alaska ! Aux Highways, nous préférons des pistes en terre, qui ne desservent que quelques hameaux indiens, parfois regroupés autour d'un "General store" qui fait aussi office de bureau de poste et station-essence. Paradis des pêcheurs, tout le nord de la Colombie Britannique est parsemé de fabuleux lacs enchâssés dans des forêts de pins noirs. Au bord de ces routes peu fréquentées, il n'est pas rare de voir ours, orignaux, élans et castors... Comme hallucinés et un peu déboussolés par ces jours qui n'en finissent plus, nous nous surprenons à rouler encore à plus de neuf heures du soir. Avec cette luminosité, nous aurions juré qu'il n'était que six heures ! Et même la nuit n'est plus noire... Au Yukon, la ruée des chercheurs d'or du siècle dernier a cédé la place à des convois de R.V. sur l'Alaska Highway. Dans ces palaces roulants, des milliers d'Américains vont visiter le dernier de leurs Etats, l'Alaska.

Peter et son side BMW R75
Long Beach, Etat de Washington
Cèdre géant dans la péninsule Olympique
2 jours sous la pluie...
Sur le plateau de Yakima
L'écorçage des cèdres
Sur une piste en terre
Lac du nord de la Colombie-Britannique
Au départ de la Cassiar Highway
Le glacier du Saumon à Hyder
Canada Alaska